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Benoît Melançon, «En bref : François / François Charron», Spirale, 48, décembre 1984, p. 20. François de François Charron, Montréal, Les herbes rouges, 1984, 106 p.
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Enfin François vint. Prose poétique appliquée, frette serait-on tenté de dire, de celles qu’on lit sans intérêt parce qu’entre le modèle à imiter et le texte rien ne s’est passé ou, pire, tout s’est perdu. Charron veut greffer quelques images et thèmes romantiques sur des formes connotées comme modernes (ruptures de sens, rapprochements d’éléments hétéroclites, surprises sémantiques), mais ne parvient qu’à évacuer le lecteur, qu’à lui refuser le sens : «Nous ne voulons pas vouloir savoir.» Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le lyrisme de Charron, à force de vouloir être moderne, devient illisible contradiction dans les termes. Tel ce poème «qui dégouline sur la table», le vingt-et-unième livre de Charron (en douze ans) glisse sur le lecteur, l’englue sans le retenir. Il y a là une femme, ou plusieurs, au moins deux voix narratives, les clichés de la modernité (la page blanche, le langage comme transgression, le livre) et aussi «une amie inconnue», la nature, la recherche de la fusion avec l’autre, le rappel de l’enfance. La modernité et le romantisme, la froideur et le lyrisme : tout un tout l’autre, ni un ni l’autre. Une fiction sans lieu, sans «souffle» dirait l’auteur. Si Charron sait être poète (lire «Louanges», la troisième partie du livre), ce n’est pas toujours évident : «Le livre ne se laisse jamais surprendre.» Ni le lecteur, à qui on avait pourtant promis une uvre «radicalement métaphysique, en communion avec la vie elle-même».
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