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Benoît Melançon, «Hommage au professeur Laurent Mailhot (1931-2021)»,
Association des professeures et des professeurs retraités de l’Université de Montréal, 2021
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Après des études au Séminaire de Joliette et à l’Université de Montréal, Laurent Mailhot est engagé au Département d’études françaises de notre université comme chargé d’enseignement en 1963, puis il est nommé professeur adjoint en 1972, agrégé en 1974 et titulaire en 1979. En 1997, il est fait professeur émérite. Laurent Mailhot est mort le 4 janvier 2021 à 89 ans.
Nul québéciste ne peut ignorer ses travaux. Il maîtrisait comme personne l’ensemble de la littérature québécoise, ainsi qu’il le démontre dans La littérature québécoise depuis ses origines (1997), version augmentée d’un ouvrage de la prestigieuse collection «Que sais-je ?» (1974).
Son anthologie La poésie québécoise des origines à nos jours, préparée avec Pierre Nepveu, parue en 1980, a été rééditée deux fois (1986, 2007). Laurent Mailhot a aussi conçu des anthologies de genres moins légitimés, le monologue (1980) et l’essai (1984; 2005). Son choix de textes d’Arthur Buies, en 1978, a rendu à cet écrivain la place capitale qui est la sienne dans les lettres canadiennes du XIXe siècle.
Laurent Mailhot a aussi étudié des textes dramatiques. Le Théâtre québécois (1970) et Théâtre québécois II (1980), cosignés avec Jean Cléo Godin, paraissent au moment où ce genre est en pleine ébullition. En historien qu’il était, il s’intéressait aussi à des pratiques plus anciennes, par exemple aux Fridolinades de Gratien Gélinas (1980; 1981).
Quelques-unes de ses études sur le genre romanesque ont été regroupées, en 1992, dans Ouvrir le livre. Au fil des ans, il a écrit sur les œuvres d’Yves Thériault, de Jacques Poulin, de Michel Tremblay, de Jacques Ferron, de Gabrielle Roy, de son ami Gilles Marcotte et de plusieurs autres.
Cet amoureux de la littérature québécoise était aussi un lecteur fervent de la littérature française. Sa thèse de doctorat, soutenue à Grenoble, a paru en 1973 sous le titre Albert Camus ou l’imagination du désert. Dans le bel autoportrait qu’il a rédigé en 2007 pour Lettres québécoises, il se demandait à lui-même quels livres il emporterait sur une île déserte et il répondait par trois œuvres : À la recherche du temps perdu de Proust, les fables de La Fontaine et les tragédies de Racine (sur lesquelles il avait fait son mémoire de maîtrise en 1957).
S’il aimait employer l’expression «homme de cabinet», Laurent Mailhot n’en était pas un, lui qui a participé à plusieurs entreprises collectives. Je n’en retiendrai que deux. À la fin des années 1970, il a copiloté le vaste chantier des éditions critiques de la «Bibliothèque du Nouveau Monde» (plus de cinquante titres parus aux Presses de l’Université de Montréal). Laurent Mailhot a aussi été l’homme d’une revue, Études françaises. Il y a publié 33 articles et comptes rendus, de 1966 à 2014, et il en a été le directeur, de 1979 à 1988.
Dès lors, on comprendra sans mal le bonheur que Laurent Mailhot a ressenti quand il a reçu le prix de la revue Études françaises pour son recueil Plaisirs de la prose. Il avait souvent été honoré pour son travail de chercheur : prix France-Québec, bourse Killam, prix André-Laurendeau, élection à la Société royale du Canada, membre honoraire de la Société québécoise d’études théâtrales. En 2005, c’est l’essayiste qui était distingué.
C’est un chercheur d’exception que le Québec vient de perdre. Sa mémoire restera vive dans son département : il y a très généreusement doté la bourse Laurent Mailhot-Élyane Roy.
Une première version de ce texte a paru sur le site de la revue Études françaises : <http://revue-etudesfrancaises.umontreal.ca/hommage-a-laurent-mailhot -1931-2021-directeur-de-revue-etudes-francaises-1979-1988/>.
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