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Benoît Melançon, «En bref : Temps variable avec éclaircies / Claude Roy», Spirale, 53, juin 1985, p. 19. Temps variable avec éclaircies de Claude Roy, Paris, Gallimard, coll. «NRF», 1984, 109 p.
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En 1960, Yves Berger reprochait à Claude Roy d’être d’une «regrettable intelligence» dans ses romans, plus critique ou observateur que romancier. Alain Niderst, dans le récent Dictionnaire de littératures de langue française, se demande si Roy n’a pas été «victime de sa facilité», mais reconnaît dans sa manière celle des écrivains du XVIIIe siècle. Ces deux traits (intelligence et facilité), on les retrouve avec plaisir dans ce «carnet» : Temps variable avec éclaircies. Pensées, observations sur la nature, souvenirs et craintes, notes de lecture, composent ce beau recueil qui tient autant de l’art poétique que de l’analyse intérieure ou du Journal. «Tant qu’il y a de l’étonnement, il y a de l’espoir», écrit Roy; chaque page en témoigne. Les thèmes sont ceux qui traversent toute l’uvre : la croyance et le pouvoir, la mort et le vieillissement, l’art et l’amour, le rêve, la fraternité, la liberté et la connaissance. On trouve également les qualités qui donnent son poids à l’uvre, malgré son apparence de légèreté : acuité du regard et de l’écoute, intelligence pénétrante et lucidité cela doublé d’une constante sagesse : «Voir les choses comme elles sont sans les prendre de même.» S’amuser d’une expression, évoquer des questions philosophiques, observer la rue, Claude Roy sait le faire avec humour : «Un homme alla sur la lune, pour y téléphoner à Nixon.» Il peut tout aussi bien afficher ses propres contradictions que montrer celles des gens de pouvoir; c’est affaire de réalisme. Si tout ne sonne pas juste dans ces brèves notations, s’il s’y trouve parfois plus de prose que de poésie et Claude Roy en est conscient, le premier , elles ont néanmoins l’immense intérêt de montrer l’écrivain au travail, à l’écoute du monde comme de la nature : «Si on savait vraiment ce qu’on va écrire quand on commence à écrire, où serait le plaisir ? quel serait le profit ?» C’est un constant bonheur que de marcher avec Claude Roy : on rencontre beaucoup plus d’éclaircies que de nuages.
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